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La grève du sexe n’aura rien changé au Kenya

Koert Lindijer

06-05-2009

Les organisations féminines kényanes ont appelé, la semaine dernière, à une grève du sexe. Non pas pour punir les maris, mais pour attirer l'attention sur la situation dramatique dans laquelle la classe politique a plongé le Kenya.

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 (Photo: flickr.com)
D'aucuns sont favorables à la grève du sexe, séduits par son caractère non violent. D'autres par contre se voient entravés dans leur droit au sexe à l'intérieur du mariage et y sont opposés. Mais malgré les avis différents, tous sont d'accord pour dire que cette initiative a retenu toute l'attention qu'elle souhaitait. Et l'on ne peut que s'en féliciter, car les critiques que suscitent les luttes pour le pouvoir parmi la classe politique sont largement répandues au sein de la population kényane.

Pays macho

Le Kenya est considéré parfois comme un pays macho. Les femmes sont censées se taire lorsque leurs maris prennent une décision. Le sexe est le droit de l'homme et un devoir pour la femme. Le droit successoral revient généralement à l'homme.

Le sexe est une chose que l'on fait mais dont on ne parle pas. Enquêtant sur le succès de la grève, je suscite surtout des rires étouffés de la part des personnes interrogées. Pour les hommes, cette grève du sexe ne peut qu'entraîner le divorce, car il est inacceptable qu'une femme se refuse à son mari. Les réactions sont identiques lors d'un talk-show organisé sur le même sujet par la station Radio Ghetto.

Prostituées

Une visite à la Koinangestreet, le quartier chaud de Nairobi, montre clairement que les prostituées ont fait de bonnes affaires, toute cette semaine. Manifestement, certains hommes ont pris le refus de leurs épouses comme prétexte pour se rendre chez une prostituée.

La grève du sexe suscite aussi des plaisanteries d'un goût douteux. Sur le président Mwai Kibaki par exemple, qui en raison de son âge avancé n'a plus suffisamment de force pour gouverner avec efficacité, voire faire l'amour. Ou bien sur son rival, Raila Odinga, dont la femme, Ida, s'est déclarée solidaire avec les grévistes mais qui a suffisamment de maîtresses pour satisfaire ses besoins sexuels. L'heure est donc aux rires. Mais un peu d'humour ne peut pas faire de mal dans ces jours si sombres que traverse le Kenya. Mais sur quoi portait déjà la grève ?

Impasse

Les dix organisations de femmes à l'origine de la grève déplorent que les réformes promises par la coalition gouvernementale n'aient pas été réalisées. Le Kenya se trouve actuellement dans une impasse politique dangereuse. Les titres des journaux signalaient mardi que les deux rivaux du pays - le président Mwai Kibaki et le Premier ministre Raila Odinga - s'étaient de nouveau rencontrés au bout de deux semaines. Manifestement les dirigeants du pays ne se consultent pratiquement plus.

Au début de l'an dernier, le Kenya s'est trouvé pendant deux mois au bord de l'abîme, après l'élection présidentielle controversée et les violences qui suivirent. Sous les pressions internationales, les partis de Mwai Kibaki et Raila Odinga conclurent finalement un accord.

Corruption

Le parti d'opposition de Raila Odinga siège maintenant dans le gouvernement mais n'a aucun pouvoir. La lutte incessante pour le pouvoir a paralysé la gestion du pays. Pratiquement aucune mesure n'est prise et les partenaires de la coalition se querellent sans arrêt. Les réformes n'ont pas eu lieu, notamment dans la lutte contre l'inégalité de la répartition des terres ou la corruption dans le système judiciaire ou dans la police. Aucune démarche n'a été pratiquement prise pour parvenir à une nouvelle constitution. Or ces réformes sont nécessaires si l'on veut éviter une nouvelle explosion sociale comme l'a connue le pays l'an dernier.

Le médiateur international Kofi Annan demeure inquiet quant au fait que les dirigeants kényans n'ont pas respecté les accords conclus. Lors de sa médiation, l'an dernier, il n'a eu cesse de souligner que les violences politiques ont mis à nu l'inégalité sociale, notamment l'énorme fossé entre riches et pauvres.

Fossé

Sans réformes, les causes profondes des violences de l'an dernier ne pourront disparaître. Les Kényans en sont conscients et c'est pourquoi ils sont particulièrement négatifs, dans les sondages d'opinions, sur la coalition gouvernementale. Mais la classe politique ne semble pas saisir ce sentiment général. Le fossé entre l'élite politique et la population est plus grand que jamais. .
Et c'est là peut-être le plus grand problème du Kenya. Alors que le mécontentement social ne cesse de s'accroître, les hommes politiques font comme si de rien n'était. Une semaine d'abstinence sexuelle imposée aura peu changé à la situation.

Onglets: grève du sexe, Kenya, Mwi Kibaki, Radio Ghetto, Raila Odinga

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