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Des milliers d’étrangers fuient les violences en Afrique du Sud

Laurens Nijzink

20-05-2008

La vague de violence contre les étrangers en Afrique du Sud ne cesse de se propager. Selon la police, au moins 22 personnes ont trouvé la mort dans différents townships. Entre-temps, des milliers d'immigrants se sont réfugiés dans des commissariats ou des églises. Le président Thabo Mbeki a qualifié ces attaques de "honteuses et criminelles".

La grande église méthodiste de l'évêque Paul Veryn, dans le centre de Johannesburg, est pleine à craquer. Ces derniers jours, plus d'un millier de personnes ont cherché refuge dans son église. Par manque d'espace et en raison des infrastructures limitées, ces réfugiés vivent dans des conditions misérables. Au total, au moins 13.000 étrangers, pour la plupart des Zimbabwéens, ont fui la colère populaire qui sévit dans les quartiers pauvres de Johannesburg.

Flots d'immigrants

Les violences envers les étrangers ont débuté la semaine dernière dans le township d'Alexandra, au nord de Johannesburg, avant de gagner d'autres townships ainsi que le centre d'affaires de la ville. Elles ont été commises par des groupes de plusieurs centaines de jeunes, qui, munis de bâtons, pillent et incendient les logements et magasins d'étrangers. Et ceux parmi ces derniers qui n'ont pas réussi à fuir à temps ont été tabassés ou sont mortes d'une mort atroce.

Selon Gabriel Shuma, qui dirige une organisation défendant les intérêts des Zimbabwéens, la réaction de la police a été au-dessous de tout : "Alors qu'elles sont censées intervenir et protéger la population, les forces de l'ordre sont restées pratiquement les bras croisés au début des violences. Leur réaction a été très lente. Elles se sont bornées à utiliser çà et là des gaz lacrymogènes. Les agresseurs manient des couteaux et toutes sortes d'armes dangereuses pour lesquels ils seraient arrêtés dans d'autres régions du monde."

Les violences visent principalement les immigrants zimbabwéens, qui ont fui la crise politique et économique que connaît leur pays. Comme la plupart d'entre eux franchissent illégalement la frontière sud-africaine, il est difficile d'avancer leur nombre exact. Toutefois, on pense que quelque 3.000 réfugiés arrivent quotidiennement en Afrique du Sud et l'on estimerait donc leur nombre à 3 millions.

Les tensions dont sont l'objet les étrangers en Afrique du Sud se sont accrues depuis décembre 2007. Ces étrangers - des Zimbabwéens, mais aussi des Mozambicains et des Nigérians - jouent actuellement le rôle de bouc émissaire. Ils sont tenus pour responsables de l'accroissement du chômage, des mauvaises conditions de logement et du manque d'établissements scolaires, étant donné qu'ils doivent faire concurrence aux nombreux Sud-Africains démunis pour obtenir un emploi, un logement ou une place dans une école. Par ailleurs, ils sont aussi accusés d'être à l'origine de l'augmentation explosive de la criminalité.

Certains journaux sud-africains, selon Gabriel Shuma, attisent même les sentiments de mécontentement envers les étrangers.

Les violences de ces derniers jours n'arrivent donc pas inopinément. Durant l'été 2007, l'évêque Paul Veryn avait dû déjà accueillir dans son église plusieurs centaines d'immigrants, qui fuyaient des actes de xénophobie.

Laxisme

Plusieurs organisations sociales ont émis des critiques sur le laxisme des autorités pour ce qui est d'empêcher la haine et la violence envers les étrangers. C'est seulement dimanche dernier que le président Thabo Mbeki a annoncé la création d'une commission d'enquête sur les violences contre les étrangers.

Entre-temps, l'évêque Paul Veryn a appelé les autorités, dans son église archicomble de Johannesburg, à annoncer l'état d'exception. Selon lui, c'est la seule façon de contrôler la situation dans sa ville.

Immigrantes à Alexandra
 
                          Deux femmes mettent leurs biens en lieu sûr à Alxandra, un township au nord de
                          Johannesburg. Entre-temps les violences se poursuivent en Afrique du Sud.
                          Photo: EPA/Kim Ludbrook

 

Onglets: Afrique du Sud, Alxandra, immigrants zimbabwéens, Johannesburg, Paul Veryn

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